Les bactéries ne se contentent pas de « s'habituer » aux antibiotiques : elles développent des défenses moléculaires spécifiques et peuvent même transmettre ces défenses à des bactéries qui n'ont aucun lien avec elles. Voici comment fonctionne réellement la résistance aux antibiotiques, et en quoi les conseils courants à ce sujet doivent être remis à jour.
La « résistance aux antibiotiques » est souvent décrite de manière vague, comme si les bactéries devenaient simplement plus résistantes avec le temps. Ce qui se passe réellement est plus précis et, à certains égards, plus inquiétant : les bactéries développent des mécanismes de défense moléculaires spécifiques contre certains médicaments et, dans de nombreux cas, elles peuvent transmettre ces défenses directement à d’autres bactéries qui n’ont aucun lien avec elles — propageant ainsi la résistance bien plus rapidement que par la seule reproduction.
Les mécanismes réellement utilisés par les bactéries
- Les pompes d'efflux — des protéines spécialisées situées dans la membrane cellulaire bactérienne qui expulsent activement un antibiotique avant qu’il n’atteigne une concentration suffisamment élevée pour agir.
- Dégradation enzymatique — certaines bactéries produisent des enzymes (les bêta-lactamases en sont un exemple bien connu) qui décomposent chimiquement un antibiotique avant qu’il ne puisse agir.
- Modifications du site cible — de nombreux antibiotiques agissent en se liant à une structure bactérienne spécifique ; une mutation altérant légèrement cette structure peut empêcher l’antibiotique de se lier efficacement.
- Les biofilms — des communautés protectrices, semblables à du mucus, que certaines bactéries forment et qui les protègent physiquement contre les antibiotiques, les empêchant d’atteindre des concentrations efficaces.
Comment la résistance se propage entre les bactéries, et pas seulement au sein d’une même population
L’aspect peut-être le plus sous-estimé de ce sujet est que les gènes de résistance ne se transmettent pas uniquement d’une bactérie à sa propre descendance. Grâce à un processus appelé transfert génétique horizontal, les bactéries peuvent partager directement avec d’autres bactéries — y compris des espèces totalement différentes — de petits éléments génétiques appelés plasmides, qui portent parfois plusieurs gènes de résistance à la fois. Cela signifie que la résistance qui se développe chez un type de bactérie, à un endroit donné, peut finir par conférer une résistance à une espèce bactérienne sans lien de parenté ailleurs, accélérant considérablement la vitesse à laquelle la résistance peut se propager au sein d’une population, voire au-delà des barrières entre espèces.
Le conseil « Toujours suivre le traitement jusqu’au bout » est plus nuancé qu’on ne le pense généralement
Pendant des décennies, le message standard de santé publique était sans nuance : il fallait toujours suivre jusqu’au bout le traitement antibiotique prescrit, même si l’on se sentait déjà mieux, car un arrêt prématuré favorise l’apparition de résistances. Des recherches cliniques plus récentes ont quelque peu nuancé ce tableau. Pour un certain nombre d’infections courantes, il a été démontré que des traitements plus courts — déterminés en fonction de l’amélioration clinique et des données spécifiques à cette infection et à cet antibiotique — sont tout aussi efficaces ; or, prolonger inutilement l’exposition aux antibiotiques au-delà de ce qui est réellement nécessaire donne aux bactéries survivantes plus de temps et d’occasions de se développer et d’acquérir des mécanismes de résistance. Cela ne signifie pas pour autant que l’arrêt des antibiotiques dès l’amélioration des symptômes constitue désormais la recommandation standard — la durée doit toujours être déterminée par un médecin en s’appuyant sur les données actuelles relatives à l’infection spécifique, et non sur un jugement personnel — mais le raisonnement est passé de « plus c’est long, plus c’est sûr » à « une durée adaptée, déterminée par les données scientifiques et un médecin, est plus importante que de se rabattre systématiquement sur la cure la plus longue ».
Pourquoi cela dépasse le cadre d’un individu isolé
Une infection par des bactéries résistantes ne se limite pas à la personne qui en est atteinte — elle peut se propager à d’autres par les voies de transmission habituelles, ce qui signifie que l’infection résistante d’une personne devient un problème de santé publique plus large plutôt qu’un problème purement individuel. À cela s’ajoute le fait que l’utilisation d’antibiotiques en agriculture (chez le bétail, à des fins de stimulation de la croissance ou de prévention systématique des maladies plutôt que pour traiter une affection spécifique) constitue une source supplémentaire et significative de pression de résistance au niveau de la population, parallèlement à l’usage médical chez l’homme.
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